Comment sauver le monde sans accès à un travail décent ? État des lieux sur les conditions de travail des artistes en arts visuels

Dans le cadre de la série de rencontres de la rentrée culturelle, le Livart présente une conférence de Laurence D. Dubuc, chercheuse postdoctorale Mitacs au département des arts, de la culture et des médias de l’Université de Toronto Scarborough. La conférence sera suivie d’une table-ronde avec Catherine Bodmer, Selena Philips-Boyle et Maryse Beaulieu.

Date : mardi 11 octobre

*Événement gratuit en ligne – lien à venir

Horaire : 18h30-20h

 

Le pouvoir transformateur des arts et les qualités des artistes sont de plus en plus fréquemment évoqués dans les discours publics comme autant de ressources qui gagnent à être mobilisées au sein des luttes pour un avenir meilleur. Particulièrement au regard de la crise climatique, les artistes s’imposent dans cet imaginaire discursif comme l’une de ces figures salvatrices ayant le pouvoir d’instiguer des formes de changement social via les qualités esthétiques et les messages portés par leurs œuvres, leur engagement politique, etc.

Au sein de ces narratifs, la reconnaissance des formes de précarité auxquelles sont confronté-e-s les artistes constitue bien malheureusement un angle mort qui mérite une attention particulière. En effet, celles-ci sont sujettes à limiter considérablement les capacités objectives des artistes à s’engager dans autre chose que des micropolitiques à faible ou moyenne portée, affectant jusqu’à leur perception qu’il est désirable – parce qu’utile – de le faire. Dans la pensée utopique de Ruth Levitas (2013), l’accès à un travail de qualité, à une garantie économique de base, ainsi que le remplacement d’une éthique du travail par une éthique fondée sur le soin, sont avancés comme autant de prérequis à l’épanouissement humain ainsi qu’à la protection du monde matériel. Comment les artistes peuvent-iels en effet envisager de sauver le monde sans accès à un travail décent ? Il s’agit bien sûr une question rhétorique.

 

Cette table-ronde vise à effectuer un état des lieux sur les conditions de travail des artistes en arts visuels au Québec, ainsi que sur leurs perspectives d’amélioration. Dans la première partie, la chercheure postdoctorale Laurence D. Dubuc (Département des arts, culture et média, Université de Toronto Scarborough) présentera un résumé de ses recherches doctorales sur l’action stratégique des artistes et de leurs collectifs en contexte de précarité du travail, ainsi que sur les rôles que jouent les centres d’artistes autogérés de Montréal dans ces dynamiques.

Cette présentation sera suivie d’une période d’échanges avec Maryse Beaulieu (directrice générale du Regroupement des artistes en arts visuels du Québec – RAAV), Catherine Bodmer (directrice générale du Regroupement des centres d’artistes autogérés du Québec – RCAAQ) et Selena Phillips-Boyle, photographe et organisateur-trice syndical-e et communautaire ayant notamment travaillé chez S’ATTAQ, la branche du syndicat anti-capitaliste Industrial Workers of the World (IWW) qui cherche(ait) à syndiquer des travailleur-se-s indépendant-e-s à travers les secteurs.

 

Parmi les questions qui seront abordées durant cette rencontre, nous retrouvons les suivantes :

  • À quoi ça sert de s’intéresser et de s’impliquer auprès des principaux regroupements associatifs du secteur des arts visuels et de syndicat(s) ?
  • Quelles sont les priorités courantes des regroupements associatifs du secteur des arts visuels (RAAV, RCAAQ), et vers où se dirigent-elles dans un avenir rapproché ?
  • Qu’est-ce que la nouvelle Loi sur le statut de l’artiste change concrètement pour les artistes professionnel-le-s en arts visuels au Québec au niveau de leur rémunération et de leur protection sociale ?
  • Comment la refonte de la Loi sur le statut de l’artiste est-elle susceptible d’affecter le réseau des centres d’artistes autogérés (RCAAQ), lui qui offre parmi le plus grand nombre d’opportunités de travail rémunérées aux artistes au Québec et qui doit aussi conjuguer avec ses propres enjeux de précarité ?
  • Quels sont les principaux terrains de mobilisation pour les artistes et les canaux institutionnels (et non-institutionnels) pour s’engager dans l’action ? (ex. lutte contre la gentrification, lutte contre les changements climatiques, lutte pour l’adoption d’un revenu de base au Canada, etc.)
  • Quels sont les principaux défis entourant la mobilisation politique des artistes (et des travailleur-se-s indépendant-e-s) et comment les surmonter ?
  • Quels sont les avantages et les défis liés aux différents modèles de représentation collective que l’on retrouve au Québec (ex. celui du RAAV et celui de S’ATTAQ) ? Ces modèles peuvent-ils coexister et si oui, quel en serait l’intérêt ?
  • Comment renforcer des formes historiques de collaboration entre des institutions chargées de représenter des acteurs aux intérêts tantôt convergents, tantôt divergents, et comment en créer de nouvelles ?